Et son grand méchant loup, la peur de l'échec.
Il est tôt. Encore trop tôt pour entendre les gens râler. Trop tôt pour les premières déceptions de la journée.
Trop tôt aussi pour ouvrir les notifications des conversations de groupe, tu sais, celles dont tu as eu le malheur de t’absenter, au mieux quelques heures, au pire quelques jours, mais qui te donne des envies de changer de continent avec ses 160 messages non lus.
Non, il est encore trop tôt.
L’air frais s’invite dans la chambre, balaie les effluves des rêves de cette nuit.
Aussi essentielle que la tasse de café fumante dont le parfum caresse déjà les contours de mon imagination encore embrumée, vient l’heure de la séance de méditation matinale.
“Mens sana in corpore sano”, comme dirait l’autre (un esprit sain dans un corps sain, pour toi qui n’as pas eu la chance, que dis-je le privilège, de te fader des heures de traduction latine, bien équipée de ton Gaffiot, la crème des dictionnaires latin-français).
Je me laisse porter par la voix de la conteuse. Inspire, expire.
“Rien à réussir, rien à atteindre”, murmure-t-elle.
On sous-estime encore les vertus de la pratique méditative. C’est sûrement la seule qui permet de se délester du poids de ce monstre nourricier de nos egos : la réussite.
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