C'est pas toi, c'est moi.
Je pourrais te bercer d’illusions, te dire que je vais encore supporter ça longtemps.
Que je finirai par aimer ta pluie, ton froid de canard.
Tes rues pavées vides de toute trace d’humanoïdes.
Je pourrais, hein, ouais, je pourrais faire un effort.
Sauf que ça fait des années que ça dure. Que je m’accroche comme je peux, comme la plupart de la population.
Alors voilà, je te le dis. J’en ai marre.
Tu m’abrutis avec ta déprime hivernale, ton manque de vitamine D qui me rend aussi molle qu’une limace. Tu m’ôtes toute forme de motivation. J’aurais juste envie de rester toute une journée sous la couette à me plaindre que la vie c’est de la merde, avec une note d’électricité qui me fait demander si, pour le même prix, je ne ferais pas mieux de tout plaquer et prendre un billet d’avion sans retour.
T’es pire que cet ex toxique qui revient tenter sa chance dans mes DM tous les quatre matins.
Toi, c’est chaque année que tu me fais vivre cette épreuve.
Je ne peux plus te sentir, toi et ta chute hormonale post-fêtes.
Un mois de janvier comme celui-ci, c’est un syndrome prémenstruel sévère qui n’en finit plus.
Les plus chanceux peuvent se payer le luxe de se barrer au ski ou mieux, sur une plage idyllique où on se trimballe en bikini. Les éternels optimistes essaient de se gaver de clémentines pour éviter de sombrer dans un rhume à durée indéterminée, de prendre des compléments alimentaires à base de peau de lama et jus d’écrevisse, ou encore de se faire toaster la tronche à la luminothérapie (le sachiez-tu, c’est exactement ce que j’ai fait en rédigeant cet article).
Mais toi et moi, ça fait trop longtemps que ça dure.
Tu me sors par les yeux. Tu me fais ressortir ce qu’il y a de pire en moi : ma paresse, l’envie de tout plaquer, ou de tout faire péter. Les yeux larmoyants de Bambi devant le cadavre de sa maman, j’en ai assez que tu me fasses croire que chaque nouvelle année commence par une rechute dépressive.
T’es un sale hypocrite, janvier. Chaque fois, c’est pareil. Tu nous bernes avec tes fausses promesses, tes “résolutions” toxiques qui me font prendre un abonnement dans une salle de sport (où je ne mettrai les pieds que deux fois), tes illusions d’une vie meilleure juste parce que la planète a achevé son p’tit tour autour du soleil, ta pseudo bonne foi qui m’invite à arrêter les excès en tous genres.
Parce que comme les ex toxiques, tu nous fais croire que t’as changé. Que t’es différent.
Et bah, tu sais quoi, cette année, c’est moi qui ai changé.
Tu me la feras pas à l’envers, cette fois.
Je laisserai pas ta morosité m’atteindre, me défoncer le peu de motivation que je peine à garder sous tes nuages gris.
Je te laisserai pas me voler les graines d’une vie que j’ai maintes fois détruite et reconstruite. Je te laisserai pas m’abattre en plein vol.
Tu me fous la gerbe avec tes remises en question existentielles qui m’empoisonnent le cerveau. Alors ouais, je vais faire les choses différemment.
Cette année, je vais kiffer.
Peu importent les obstacles, qu’ils viennent de mes propres blocages, des attentes de la société, du reste du monde, ou du chat qui râle pour avoir ses croquettes quand je suis plongée dans l’écriture, tu gagneras pas, foutu mois de janvier.
Parce que j’en ai clairement ras-le-bol que tu ressembles à un désert sans fin. Un désert glacial qui nous transforme tous et toutes en mollusques gavés à la dinde et à la bûche. On arrive à chaque fois lourds d’une fin d’année chargée, éreintante, et toi, espèce d’ingrat mois de janvier, tu nous accueilles à grands coups d’inflation par-ci, d’impôts par-là, et vas-y que je t’embrouille en nous faisant croire qu’on sera plus heureux si on se limite, ou si au contraire on va dépenser une blinde dans des soldes (alors qu’on est déjà fauché·e·s de l’année passée), ou encore qu’on a se fixe des objectifs impossibles, comme choper le fessier de Kim Kardashian en un mois ou s’improviser Mozart de la batterie parce que le caprice nous a poussé au vice d’acheter une batterie électronique (mais pas la thune pour s’offrir des cours).
T’as entendu, p’tit merdeux ?!
Tu veux de la résolution, je vais t’en donner.
Cette année, je vais te défoncer à grands coups de “je vais y arriver”, “j’ai le droit d’être qui j’ai envie d’être”, “j’emmerde ceux ou celles qui pensent que je choisis un mauvais chemin, parsemé de solitude, d’instabilité professionnelle (et sa misère des fins de mois) et d’un espoir incompréhensible”.
Je vais te mettre la pâté avec une version plus détachée que jamais, acceptant que la douleur et la souffrance font parfois partie de l’existence, pour me rappeler que j’ai un ego, des envies et des besoins qui méritent d’être assouvis, ou apaisés si ce n’est pas le cas.
Je te prouverai, mois de janvier à la con, que tu ne donneras plus le ton d’une année que j’appréhende à chaque fois avec une certaine boule au ventre.
Tu ne seras plus synonyme d’anxiété maladive, mais tu participeras, de loin (de très loin, comme les ex toxiques) à l’avènement d’une confiance que j’ai longtemps redouté d’affirmer, et à l’accomplissement de rêves qui méritent que je me batte pour eux.
Et pour ça mon vieux… Je te quitte.
Sans regrets.
(Reviens pas dans mes DM, je t’ai déjà bloqué d’avance.)